La transcription, un maillon souvent sous-estimé dans les groupes de travail
Les groupes de travail occupent une place singulière dans la vie des organisations. Ni tout à fait réunion formelle, ni simple échange informel, ils se situent dans un entre-deux que les professionnels des ressources humaines, du conseil et du management connaissent bien : celui de la discussion collective structurée. On y débat, on y argumente, on y construit une pensée commune à partir de points de vue divergents. C’est précisément cette richesse interactionnelle qui rend les groupes de travail si précieux pour produire des décisions éclairées ou faire avancer des projets complexes.
Mais cette même richesse représente un défi considérable dès lors que les échanges doivent être transcrits. Contrairement à une audition, à un entretien individuel ou à une assemblée générale où la parole est distribuée de manière plus ordonnée, le groupe de travail repose sur une dynamique conversationnelle bien plus fluide, bien plus spontanée, parfois bien plus chaotique. Les participants se coupent la parole, enchaînent les idées sans transition claire, reviennent sur des points déjà évoqués, et produisent une quantité de bruit de fond qui complique considérablement le travail du transcripteur.
La transcription audio d’un groupe de travail est donc un exercice à part entière, qui exige non seulement des compétences techniques et rédactionnelles de la part du professionnel chargé de la retranscription, mais aussi une préparation sérieuse de la part des participants eux-mêmes. C’est ce second aspect que l’on néglige trop souvent, et c’est précisément celui que cet article se propose d’éclairer avec précision et méthode.
Comprendre la nature spécifique d’un groupe de travail pour mieux anticiper les difficultés
Avant d’aborder les bonnes pratiques, il convient de saisir ce qui distingue fondamentalement un groupe de travail d’autres types de situations enregistrées.
Dans un entretien individuel, le transcripteur dispose d’un cadre clair : deux voix, des tours de parole bien délimités, peu de chevauchements. Dans une réunion de CSE (comité social et économique), les échanges sont généralement encadrés par un ordre du jour strict, un secrétaire de séance et un président qui régule la prise de parole. Dans une conférence ou une table ronde publique, les intervenants sont souvent habitués à s’exprimer devant un microphone, ils articulent davantage, ils structurent leurs propos.
Le groupe de travail, lui, ressemble davantage à une conversation élargie. Les participants ne se considèrent pas toujours comme des « orateurs » au sens formel du terme. Ils réagissent à chaud, interrompent, reformulent, émettent des interjections, rient, soupirent, murmurent entre eux. Certains parlent fort, d’autres presque à voix basse. L’environnement sonore est rarement neutre. Et pourtant, à la fin de la session, un compte rendu fidèle et précis est attendu.
C’est dans cet écart entre la réalité de l’échange et les exigences de la retranscription que se nichent la plupart des difficultés. Pour y remédier, il ne suffit pas d’investir dans un bon logiciel d’enregistrement ou de faire appel à un transcripteur expérimenté. Il faut que les participants eux-mêmes adoptent quelques règles de conduite simples mais déterminantes.
Le problème des prises de parole simultanées : un obstacle majeur pour le transcripteur
L’une des principales sources de difficultés dans la transcription d’un groupe de travail est la simultanéité des prises de parole. Lorsque plusieurs personnes s’expriment en même temps, le résultat enregistré devient quasi inexploitable. Le transcripteur, qu’il travaille à partir d’un enregistrement audio ou d’un fichier vidéo, se retrouve face à un magma sonore dans lequel il lui est souvent impossible de distinguer les mots prononcés, d’identifier les locuteurs, et encore moins de restituer le sens de l’échange.
Ce phénomène est particulièrement fréquent dans les groupes de travail, car la dynamique de débat incite naturellement à réagir immédiatement, sans attendre que l’autre ait terminé. La prise de parole devient alors un acte de positionnement, voire de compétition. On cherche à placer son argument avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme. Ce réflexe, parfaitement compréhensible sur le plan humain, est particulièrement dommageable pour la qualité de la transcription.
La solution ne consiste pas à robotiser les échanges ni à supprimer la spontanéité. Elle consiste à convenir d’un protocole minimal en début de séance : lever la main pour indiquer que l’on souhaite intervenir, attendre un signal du modérateur, ou simplement laisser quelques secondes de silence après chaque prise de parole avant d’enchaîner. Ces quelques secondes de pause, qui ne coûtent rien sur le plan du contenu, représentent une différence considérable pour celui ou celle qui devra ensuite déchiffrer l’enregistrement.
Il est également utile de rappeler que les logiciels de transcription automatique, de plus en plus utilisés comme premiers outils de traitement avant correction humaine, peinent encore davantage que les transcripteurs humains face aux chevauchements de voix. Les algorithmes de reconnaissance vocale sont calibrés pour traiter une voix à la fois. Lorsque deux ou trois personnes parlent simultanément, le logiciel produit une sortie incohérente qui allonge considérablement le temps de correction manuelle.
Respecter les prises de parole sans interrompre : une question de discipline collective
Étroitement liée à la problématique précédente, la question des interruptions mérite d’être traitée séparément, car elle obéit à une logique différente. Parler en même temps relève souvent d’un manque de coordination involontaire. Interrompre quelqu’un, en revanche, est généralement un acte conscient, dicté par l’impatience, la contradiction ou l’enthousiasme.
Dans le contexte d’un groupe de travail, les interruptions sont inévitables et, dans une certaine mesure, inhérentes au débat. Mais leur fréquence et leur nature jouent un rôle déterminant sur la qualité de l’enregistrement. Une interruption brève, suivie d’un retour à la parole initiale, peut déjà poser problème : le transcripteur doit décider si la phrase interrompue est à retranscrire incomplète, si l’interruption elle-même mérite d’être signalée, et comment attribuer les propos à chacun.
Lorsque les interruptions se multiplient, le travail de transcription devient un véritable travail d’interprétation, ce qui sort le transcripteur de son rôle. Son métier consiste à retranscrire fidèlement ce qui a été dit, non à reconstituer ce que les participants auraient voulu dire. En produisant des échanges trop fragmentés, les participants font peser une charge cognitive importante sur le transcripteur et prennent le risque de voir leurs propos tronqués ou mal restitués.
Le modérateur du groupe de travail a ici un rôle central à jouer. Il lui revient de poser un cadre clair dès le début de la session : rappeler aux participants qu’un transcripteur sera chargé de restituer les échanges, et que la fluidité des prises de parole contribue directement à la qualité du document final. Cette simple annonce suffit souvent à modifier les comportements de manière significative.
La pollution sonore : un ennemi invisible mais redoutable
On pense rarement à l’impact du bruit de fond sur une transcription, pourtant il s’agit de l’un des facteurs les plus perturbateurs pour un transcripteur. La pollution sonore dans un groupe de travail peut prendre des formes très diverses, et certaines sont si banales qu’on ne les remarque même plus dans le cours normal d’une réunion.
Le cliquetis d’un stylo rythmiquement tapoté sur la table, le froissement des pages d’un cahier, le bruit de la machine à café en arrière-plan, le raclement de chaise lorsque quelqu’un se lève, le souffle de la climatisation capté par un microphone mal positionné, la sonnerie d’un téléphone laissé en mode sonore, les conversations en aparté à voix basse entre deux participants : autant de nuisances sonores qui, individuellement, semblent anodines, mais qui, accumulées sur une heure ou deux d’enregistrement, constituent une gêne considérable.
Ces bruits parasites ont plusieurs effets négatifs. D’abord, ils masquent partiellement les voix des intervenants, notamment ceux qui s’expriment à voix basse ou qui se trouvent éloignés du microphone. Ensuite, ils fatiguent l’écoute du transcripteur, qui doit maintenir une concentration soutenue pour isoler les propos pertinents du bruit ambiant. Enfin, dans le cas d’une transcription assistée par logiciel, ils perturbent les algorithmes de reconnaissance vocale, qui peinent à distinguer un mot prononcé d’un son mécanique de fréquence similaire.
La prévention de la pollution sonore commence avant même que le groupe de travail ne démarre. Il convient de choisir une salle adaptée, de préférence une pièce bien isolée acoustiquement, à l’écart des zones de circulation et des espaces bruyants. Les participants doivent être invités à mettre leur téléphone en mode silencieux, à éviter de manipuler du matériel bruyant pendant les échanges, et à s’abstenir de chuchoter entre eux pendant que quelqu’un s’exprime. Ces règles de bienséance élémentaires, rappelées en début de séance, suffisent souvent à réduire significativement le niveau sonore ambiant.
Il est également recommandé de ne pas placer le microphone à proximité de sources de bruit identifiables, comme une bouche d’aération, un ventilateur d’ordinateur ou une zone de passage. Un test d’enregistrement effectué quelques minutes avant le début de la session permet de détecter d’éventuels problèmes acoustiques et d’y remédier à temps.
L’articulation et le débit : parler pour être compris, non pour être entendu
Un autre facteur déterminant, que les participants sous-estiment systématiquement, est la qualité de leur élocution. Dans un groupe de travail, la pression du temps, l’excitation du débat et l’habitude de s’adresser à des collègues familiers poussent naturellement à parler vite, à avaler les mots, à négliger l’articulation.
Ce qui passe parfaitement bien à l’oreille d’un interlocuteur présent, qui dispose du contexte, du langage non verbal et d’une bonne connaissance des sujets traités, devient souvent incompréhensible à l’écoute d’un enregistrement. Le transcripteur, lui, ne connaît pas nécessairement les sujets traités. Il ne voit pas le locuteur. Il ne bénéficie d’aucun indice non verbal pour compenser une mauvaise intelligibilité. Il n’a que la voix, telle qu’elle a été captée par le microphone.
Articuler, c’est-à-dire prononcer distinctement chaque syllabe sans pour autant adopter un débit artificiel, représente l’un des gestes les plus simples et les plus efficaces pour améliorer la qualité d’une transcription. De même, parler à un rythme modéré — sans ralentir au point de rendre l’échange laborieux — laisse au transcripteur le temps mental d’identifier les mots, d’attribuer les propos et de structurer la retranscription.
Certains participants ont tendance à marmotter en fin de phrase, notamment lorsqu’ils doutent de ce qu’ils disent ou qu’ils cherchent leur mot. D’autres avalent les fins de phrases lorsqu’ils sont interrompus et tentent malgré tout de terminer leur propos. D’autres encore parlent en se couvrant la bouche avec la main, en se tournant vers un collègue particulier plutôt que vers le centre de la table, ou en s’éloignant du microphone à mi-chemin de leur intervention. Tous ces comportements, parfaitement naturels dans une conversation ordinaire, constituent autant d’obstacles techniques pour le transcripteur.
L’identification des locuteurs : un enjeu fondamental pour la lisibilité du compte rendu
La transcription d’un groupe de travail ne se limite pas à retranscrire des mots : elle doit aussi attribuer chaque propos à son auteur. C’est l’une des tâches les plus délicates, car les voix se ressemblent parfois, les micros captent les sons de manière inégale selon la position de chaque participant, et certaines personnes s’expriment rarement, ce qui rend leur identification encore plus difficile.
Pour faciliter ce travail, plusieurs pratiques simples peuvent être mises en place. La plus efficace consiste à se présenter nominalement au début de chaque prise de parole, au moins lors des premières interventions, afin que le transcripteur puisse associer un nom à une voix. Cette pratique, courante dans les débats radiophoniques et télévisés, est étrangement rare dans les groupes de travail professionnels, où les participants se connaissent et jugent inutile de se nommer.
Une autre pratique utile consiste à transmettre au transcripteur, avant la session, une liste des participants avec leur nom, leur prénom et éventuellement leur fonction. Cette liste, croisée avec les premières minutes de l’enregistrement, lui permet d’effectuer un travail d’identification préalable qui allégera considérablement sa tâche lors de la retranscription.
Dans les groupes de grande taille — au-delà de huit ou dix personnes — il peut être judicieux de limiter le nombre de participants actifs ou de prévoir un tour de table structuré en début de session, qui donnera au transcripteur un repère vocal pour chaque voix présente.
Le rôle du modérateur dans la qualité de la transcription
Le modérateur est une figure centrale dans tout groupe de travail, mais son importance prend une dimension supplémentaire dès lors qu’une transcription est prévue. Au-delà de sa fonction habituelle — structurer le débat, distribuer la parole, tenir les délais, recentrer les échanges — il devient en quelque sorte le garant de la qualité de l’enregistrement.
C’est lui qui rappelle les règles en début de session. C’est lui qui intervient avec tact lorsque des participants parlent simultanément, lorsque le niveau sonore monte trop, ou lorsque quelqu’un s’éloigne du microphone. C’est lui qui peut formuler des synthèses intermédiaires à voix haute, ce qui offre au transcripteur des points de repère précieux pour structurer la retranscription. Et c’est lui qui peut signaler clairement les transitions entre les différents points de l’ordre du jour, en énonçant explicitement le passage d’un sujet à l’autre.
Ces synthèses verbales ont une valeur considérable. Lorsque le modérateur dit, par exemple, « nous venons de traiter la question du calendrier, passons maintenant au volet budgétaire », il offre au transcripteur une balise temporelle et thématique qui simplifie grandement l’organisation du compte rendu. Ces marqueurs de transition, simples à produire, sont souvent absents des groupes de travail qui n’ont pas été sensibilisés à leur utilité.
La préparation technique : choisir et positionner correctement le matériel d’enregistrement
Les bonnes pratiques comportementales des participants ne suffisent pas si le dispositif technique est défaillant. Le choix du matériel d’enregistrement et son positionnement dans la pièce jouent un rôle déterminant dans la qualité du fichier audio transmis au transcripteur.
Un simple dictaphone posé au centre d’une table de réunion peut suffire pour un groupe de moins de six personnes dans une salle correctement insonorisée. Mais dès que le groupe s’agrandit, que la salle est grande ou peu acoustique, ou que certains participants sont physiquement éloignés du dispositif, il devient nécessaire de recourir à un microphone omnidirectionnel de qualité, voire à plusieurs microphones répartis stratégiquement autour de la table.
Les microphones à condensateur sont généralement préférés aux microphones dynamiques pour ce type d’usage, car ils offrent une meilleure sensibilité aux voix posées et permettent de capter des interlocuteurs éloignés sans saturation. Il est important de tester l’enregistrement dans les conditions réelles de la session avant de commencer, en demandant à chaque participant de prononcer quelques phrases depuis sa place, et en vérifiant que le niveau de captation est satisfaisant pour chacun.
Le format d’enregistrement a également son importance. Un fichier audio en haute qualité (WAV ou FLAC, ou a minima un MP3 à 128 kbps minimum) sera bien plus exploitable qu’un enregistrement compressé à outrance. Les fichiers de faible qualité présentent des artefacts sonores et une perte de définition dans les fréquences vocales qui compliquent considérablement le travail de transcription.
Enfin, il est fortement conseillé de prévoir un enregistrement de secours, sur un second dispositif indépendant, en cas de défaillance technique du principal. Perdre deux heures d’échanges d’un groupe de travail stratégique à cause d’une batterie qui s’est vidée ou d’une carte mémoire défectueuse est une mésaventure qui arrive plus souvent qu’on ne le croit.
La transmission du contexte au transcripteur : une étape souvent négligée
Un transcripteur travaille bien mieux lorsqu’il dispose d’informations contextuelles précises sur la session qu’il est chargé de retranscrire. Ces informations lui permettent d’identifier plus rapidement les termes techniques, les acronymes, les noms propres et les références internes à l’organisation.
Il est donc vivement recommandé de lui transmettre, avant qu’il commence son travail, un document de contexte comprenant au minimum : la liste nominative des participants avec leur rôle dans l’organisation, l’ordre du jour ou le plan de la session, les principaux termes techniques susceptibles d’apparaître dans les échanges, ainsi que les noms des projets, des outils, des lieux ou des personnalités extérieures qui pourraient être mentionnés.
Ce document de contexte réduit considérablement le nombre d’incertitudes et de lacunes dans la retranscription. Sans lui, le transcripteur doit interrompre son travail pour effectuer des recherches ou laisser des blancs qu’il espère combler plus tard. Avec lui, il peut maintenir un rythme de travail soutenu et produire un document plus complet et plus fiable.
Certaines organisations vont plus loin en transmettant également le compte rendu de la session précédente, lorsque le groupe de travail s’inscrit dans une série de réunions sur un même sujet. Cette pratique permet au transcripteur de se familiariser avec les enjeux, les positions de chacun et le vocabulaire propre au groupe, ce qui se traduit par une qualité de retranscription sensiblement supérieure.
L’usage des sigles, abréviations et jargon interne : un écueil fréquent
Les groupes de travail professionnels sont souvent peuplés de sigles et d’abréviations que les participants utilisent entre eux avec une totale désinvolture, sans jamais les expliciter. Or, ces raccourcis langagiers, familiers pour les membres du groupe, peuvent devenir de véritables énigmes pour un transcripteur extérieur à l’organisation.
Il est courant d’entendre, dans un groupe de travail, des phrases du type : « on a vu avec la DRH que le plan QVT devrait être intégré au DUERP avant la fin du S2 ». Pour les participants, cette phrase est parfaitement transparente. Pour le transcripteur, elle représente une succession de sigles dont il lui faudra soit deviner le sens, soit solliciter une explication — ce qui interrompt son flux de travail.
La meilleure solution consiste à inclure un glossaire des sigles et abréviations dans le document de contexte transmis au transcripteur. Si ce n’est pas possible, le modérateur peut faire en sorte que les intervenants explicitement les sigles lors de leur première occurrence dans la session, à la manière d’un rédacteur qui développe un acronyme entre parenthèses la première fois qu’il l’utilise.
Le jargon interne pose un problème similaire. Chaque organisation développe son propre vocabulaire, ses propres expressions, ses propres métaphores managériales. Ces formulations, parfaitement claires pour les membres de l’organisation, peuvent dérouter un transcripteur qui ne partage pas cette culture. Là encore, la transmission d’un document de contexte est la solution la plus simple et la plus efficace.
La durée des sessions et la gestion des pauses : penser à l’endurance du transcripteur
Un aspect souvent ignoré dans l’organisation des groupes de travail est l’impact de la durée de l’enregistrement sur le travail du transcripteur. Retranscrire un audio est une activité exigeante, qui mobilise simultanément l’écoute, la mémoire à court terme, la frappe et l’attention à l’attribution des propos. À titre indicatif, une heure d’enregistrement représente généralement entre trois et cinq heures de travail de transcription, selon la qualité sonore et la complexité des échanges.
Dans ce contexte, une session de groupe de travail de quatre heures sans pause représente un défi considérable pour le transcripteur, qui devra travailler sur un fichier audio long et potentiellement dense. Les pauses clairement signalées dans l’enregistrement — le modérateur qui annonce explicitement « nous faisons une pause de dix minutes » — permettent au transcripteur d’organiser son travail en séquences distinctes et de ne pas retranscrire des échanges informels qui n’ont pas vocation à figurer dans le compte rendu.
Il est également utile de signaler les hors-sujet délibérés, lorsque les participants s’écartent momentanément du thème pour évoquer une question annexe ou pour une digression informelle. Une mention explicite du modérateur — « je signale que nous sortons un instant du cadre du groupe de travail » — suffit à indiquer au transcripteur que ce passage peut être résumé ou omis, selon les instructions reçues.
La question de la confidentialité et de l’anonymisation
Les groupes de travail traitent souvent de sujets sensibles, qu’il s’agisse de questions sociales, de décisions stratégiques, de projets en cours de développement ou de situations individuelles. La transcription de tels échanges soulève des questions légitimes de confidentialité, que les organisateurs doivent anticiper.
Il convient d’abord de s’assurer que tous les participants ont été informés de l’existence d’un enregistrement et ont donné leur accord, conformément aux obligations légales en matière de protection des données personnelles (règlement général sur la protection des données, dit RGPD, en vigueur dans l’Union européenne depuis 2018). L’enregistrement d’une conversation à l’insu des participants est illégal dans la plupart des pays européens et peut exposer l’organisateur à des sanctions.
Il convient également de définir clairement, avant la session, les règles d’anonymisation qui s’appliqueront à la transcription. Certains groupes de travail fonctionnent sous la règle de Chatham House, qui autorise l’utilisation des informations échangées mais interdit d’attribuer un propos à une personne identifiée. Dans ce cas, le transcripteur doit être informé de cette règle et produire un document dans lequel les intervenants sont désignés par leur fonction ou par un identifiant neutre, plutôt que par leur nom.
D’autres groupes optent pour une transcription intégrale nominative, qui est ensuite diffusée de manière restreinte aux seuls membres du groupe. Dans tous les cas, il est impératif que le transcripteur soit informé des règles de diffusion du document et signe, si nécessaire, un accord de confidentialité avant de prendre connaissance de l’enregistrement.
Former les équipes à ces bonnes pratiques : un investissement durable
Toutes les recommandations évoquées jusqu’ici ne produiront leurs effets que si les équipes sont formées à ces bonnes pratiques. Il ne suffit pas de distribuer une note de service avant chaque groupe de travail : il faut que les participants intègrent ces règles dans leurs réflexes professionnels.
Certaines organisations ont mis en place des sessions courtes de sensibilisation à la communication orale en contexte d’enregistrement. Ces formations, d’une durée d’une à deux heures, permettent aux participants de comprendre concrètement l’impact de leurs comportements sur la qualité de la transcription, en leur faisant parfois écouter des extraits d’enregistrements de mauvaise qualité pour illustrer les difficultés rencontrées par le transcripteur.
Cette approche pédagogique par l’exemple est particulièrement efficace, car elle rend tangible une réalité que la plupart des participants n’ont jamais eu l’occasion d’observer directement. Comprendre ce que ressent un transcripteur face à dix minutes de chevauchements et de bruits parasites est souvent suffisant pour modifier durablement les comportements.
Il peut aussi être utile de désigner un référent au sein du groupe de travail — un participant chargé de veiller au respect des règles d’enregistrement, en soutien au modérateur. Ce rôle, discret mais précieux, peut être tournant d’une session à l’autre.
Les outils numériques au service de la transcription : des alliés, non des remplaçants
Il serait incomplet d’évoquer la transcription de groupes de travail sans aborder la question des outils numériques qui se sont considérablement développés ces dernières années. Les logiciels de transcription automatique — qu’il s’agisse d’outils intégrés à des plateformes de visioconférence ou de solutions dédiées — ont transformé la chaîne de traitement des enregistrements.
Des outils comme Otter.ai, Sonix, Trint ou encore les fonctionnalités de transcription intégrées à Microsoft Teams ou Zoom permettent de produire une première ébauche de transcription en quelques minutes à peine. Ces ébauches, imparfaites mais déjà exploitables, réduisent significativement le temps de travail du transcripteur humain, qui peut alors se concentrer sur la correction, l’attribution des propos et la mise en forme plutôt que sur la saisie brute.
Cependant, ces outils ont des limites bien réelles, que les groupes de travail exposent souvent de manière criante. La précision de la reconnaissance vocale reste fragile en cas de chevauchements, d’accents marqués, de débit rapide ou de bruit de fond. Les sigles et le jargon technique sont fréquemment mal reconnus. Et l’attribution des propos à des locuteurs identifiés demeure un point faible de la plupart des solutions disponibles sur le marché.
Ces outils doivent donc être considérés comme des auxiliaires, non comme des solutions autonomes. Ils accélèrent le traitement, mais ils ne dispensent pas d’un travail humain de relecture, de correction et de mise en qualité. Et ils ne dispensent surtout pas les participants du groupe de travail d’adopter les bonnes pratiques décrites dans cet article : bien au contraire, les limites des logiciels rendent ces pratiques encore plus nécessaires.
Un investissement collectif pour un document final à la hauteur des enjeux
Au terme de ce parcours dans les coulisses de la transcription de groupes de travail, une évidence s’impose : la qualité d’un compte rendu transcrit n’est pas seulement l’affaire du transcripteur. Elle est le résultat d’un effort collectif, qui commence bien avant la session et se poursuit jusqu’à la transmission du fichier audio.
Chaque participant qui prend la peine d’articuler clairement, de laisser l’autre terminer sa phrase, de ne pas taper distraitement sur la table ou de mettre son téléphone en silencieux contribue, à sa mesure, à la production d’un document final fidèle, lisible et exploitable. Ces petits gestes, pris isolément, peuvent sembler dérisoires. Mais cumulés sur l’ensemble d’une session, ils font une différence considérable sur la quantité de travail nécessaire à la retranscription et, surtout, sur la qualité du document produit.
Un compte rendu de groupe de travail bien rédigé est un outil de mémoire collective, de traçabilité des décisions et de communication interne. Il peut servir de base à des rapports, à des présentations, à des décisions stratégiques. Sa valeur est directement proportionnelle à sa précision. Et sa précision dépend, en grande partie, de la qualité de l’enregistrement qui en est à l’origine. Investir quelques minutes en début de session pour rappeler les règles essentielles n’est pas un luxe : c’est une démarche de rigueur professionnelle qui bénéficie à l’ensemble du groupe.





