Que l’on soit transcripteur, rédacteur ou simplement soucieux de bien écrire, certaines fautes reviennent avec une constance déconcertante. Voici un guide rigoureux pour les identifier, les comprendre, et les corriger une bonne fois pour toutes.
Écrire correctement en français n’est pas une affaire de génie, mais de méthode et d’attention. Pourtant, même les rédacteurs les plus aguerris buttent sur les mêmes écueils, les mêmes confusions qui persistent faute d’avoir été un jour clairement expliquées. Sur un site dédié à la transcription audio, la précision du langage écrit est une exigence absolue : retranscrire fidèlement une parole, c’est bien, mais le faire sans faute, c’est mieux. Ce tour d’horizon recense les dix erreurs les plus fréquentes, celles qui ponctuent les textes du quotidien, trahissent un manque de maîtrise, et que l’on peut tout à fait corriger avec quelques règles bien ancrées.
Confondre « à l’intention de » et « à l’attention de »
Voici une confusion parmi les plus répandues dans la correspondance professionnelle, et pourtant l’une des plus simples à résoudre dès lors que l’on comprend le sens de chaque expression.
« À l’intention de » signifie « en vue de », « pour ». On fait quelque chose à l’intention de quelqu’un, c’est-à-dire dans son intérêt, pour lui. L’intention renvoie à un projet, une action tournée vers une personne.
Correct
Ce document a été rédigé à l’intention des nouveaux collaborateurs.
« À l’attention de », en revanche, s’emploie pour indiquer le destinataire d’un courrier ou d’un message. C’est une formule de transmission : on envoie quelque chose à l’attention de quelqu’un, en lui destinant directement le contenu.
Correct
À l’attention de M. Dupont, directeur général.
Le moyen mnémotechnique le plus efficace : l’attention désigne un destinataire (on attire l’attention de quelqu’un sur quelque chose), tandis que l’intention désigne un but (on agit dans l’intention de faire quelque chose). Dans le doute, reformulez mentalement la phrase : si vous pouvez remplacer par « destiné à », c’est « à l’attention de » ; si vous pouvez remplacer par « pour le bénéfice de » ou « en faveur de », c’est « à l’intention de ».
Confondre « ceci dit » et « cela dit »
Moins connue que la précédente, cette confusion est pourtant courante à l’oral comme à l’écrit, et elle mérite qu’on s’y attarde.
Dans l’usage courant, « cela dit » est la forme correcte et consacrée pour introduire une restriction ou une nuance après ce qui vient d’être affirmé. Elle signifie « tout cela étant dit », « ces choses étant posées ».
Correct
Le projet est ambitieux. Cela dit, les délais semblent tenables.
« Ceci dit » n’est pas fautif au sens strict, mais il est moins idiomatique. Sur le plan grammatical, « ceci » pointe vers ce qui va être dit (sens prospectif), tandis que « cela » renvoie à ce qui vient d’être dit (sens rétrospectif). Or, dans cette locution, on fait précisément référence à ce qui a été évoqué juste avant, d’où la préférence pour « cela dit ».
En transcription, on rencontre souvent ces deux formes dans les discours oraux. Il convient de les retranscrire fidèlement telles qu’elles sont prononcées, mais de privilégier « cela dit » dans ses propres écrits. (Académie française, 9e édition du Dictionnaire)
Faire l’accord du participe passé avec « avoir » à tort
La règle de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire « avoir » est l’une des plus redoutées de la grammaire française, et à juste titre : elle est subtile, mais logique.
La règle fondamentale : le participe passé employé avec « avoir » s’accorde avec le complément d’objet direct (COD) si celui-ci est placé avant le verbe. S’il est placé après, ou s’il n’y a pas de COD, le participe reste invariable.
Incorrect
Les documents que j’ai envoyés sont arrivés. — ici, le participe est bien accordé.
Correct
J’ai envoyé les documents. (COD après le verbe : pas d’accord)
Les documents que j’ai envoyés… (COD « que » placé avant : accord)
L’erreur la plus commune consiste à accorder systématiquement, ou au contraire à ne jamais accorder. La bonne habitude est de se demander : y a-t-il un COD ? Est-il placé avant le verbe ? Deux questions suffisent pour résoudre la grande majorité des cas. (Grammaire méthodique du français, Riegel, Pellat, Rioul, PUF)
Abuser du subjonctif ou l’éviter à tort
Le subjonctif est souvent mal maîtrisé : tantôt évité par peur de se tromper, tantôt utilisé là où l’indicatif s’impose. Rappelons les principaux cas d’emploi obligatoire.
Le subjonctif s’impose après des verbes ou expressions exprimant : le souhait, le doute, la crainte, la nécessité, la volonté, ainsi qu’après certaines conjonctions comme bien que, quoique, afin que, pour que, à moins que, avant que.
Incorrect
Je veux qu’il vient demain.
Correct
Je veux qu’il vienne demain.
En revanche, après « après que », c’est l’indicatif qui s’emploie, contrairement à une idée reçue très répandue. « Après qu’il est parti » est correct, non « après qu’il soit parti ». Cette erreur, pourtant très fréquente, est désormais si répandue qu’elle s’observe même dans des textes littéraires contemporains, mais elle reste fautive selon la norme grammaticale. (Grevisse, Le Bon Usage, De Boeck)
Mal employer les tirets, les virgules et les deux-points
La ponctuation est l’une des dimensions les plus négligées de la rédaction, alors qu’elle est essentielle à la clarté du propos. En transcription notamment, une mauvaise ponctuation peut modifier le sens d’une phrase ou la rendre inintelligible.
Le deux-points annonce une explication, une énumération ou une citation. Il ne s’emploie pas pour relier deux propositions indépendantes sans lien logique direct.
Le tiret cadratin (—) encadre une incise ou marque une rupture plus forte que la virgule. Il ne se confond pas avec le tiret court (–) utilisé en typographie pour les plages de valeurs (pages 10–15) ni avec le trait d’union (-).
La virgule ne s’emploie pas entre le sujet et le verbe, ni entre le verbe et son complément d’objet direct. Cette erreur, héritée d’un oral transcrit trop rapidement, est fréquente dans les textes de transcription.
Incorrect
La réunion, s’est tenue hier.
Correct
La réunion s’est tenue hier.
Confondre « quand », « quant » et « qu’en »
Ces trois homophones sont une source d’erreurs récurrentes, notamment dans les textes issus de la transcription où l’oreille guide souvent la plume.
« Quand » est une conjonction de temps ou d’interrogation : il peut être remplacé par « lorsque ».
« Quant » s’emploie dans la locution quant à, signifiant « en ce qui concerne » ou « pour ce qui est de ». Il est toujours suivi de « à », « au » ou « aux ».
« Qu’en » est la contraction de « que » + « en » : il introduit une subordonnée et peut être remplacé par « que de cela » ou « que de ce ».
Correct
Quand viendras-tu ? / Quant à moi, je préfère attendre. / Qu’en penses-tu ?
Le moyen le plus sûr : si l’on peut remplacer par « lorsque », on écrit « quand » ; si l’on peut remplacer par « en ce qui concerne », on écrit « quant à ».
Mal maîtriser les majuscules et minuscules
Les règles typographiques françaises sur les majuscules sont précises et souvent méconnues. Voici les erreurs les plus fréquentes.
Les noms de jours et de mois s’écrivent sans majuscule en français : lundi, janvier, mars. C’est une différence notable avec l’anglais, qui les met en majuscule.
Les titres de civilité (monsieur, madame, docteur) s’écrivent sans majuscule dans le corps d’une phrase, mais avec une majuscule dans une adresse postale ou en apostrophe directe.
Les noms d’institutions prennent une majuscule au premier substantif : l’Académie française (non : l’académie française), le Conseil d’État.
Dans les titres d’œuvres, on met une majuscule au premier mot, et également à l’adjectif qui précède le premier substantif : Le Grand Meaulnes, Les Misérables. (Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale)
Employer « par contre » à la place de « en revanche »
Cette substitution est l’une des plus débattues parmi les puristes de la langue. « En revanche » est la locution traditionnellement recommandée pour exprimer une opposition, une contrepartie ou une nuance correctrice par rapport à ce qui précède.
« Par contre », longtemps critiqué, est aujourd’hui toléré dans la plupart des registres, mais il reste déconseillé dans les textes formels et professionnels. Voltaire lui-même l’avait condamné. L’Académie française, dans ses recommandations, continue de lui préférer « en revanche ».
À préférer à l’écrit
Ce logiciel est lent. En revanche, il est très précis.
Pour un transcripteur, il convient de retranscrire fidèlement ce qui est dit — y compris « par contre » si le locuteur l’emploie — mais dans ses propres annotations ou résumés, la préférence ira naturellement à « en revanche ».
Confondre « dont » et « duquel / de laquelle »
« Dont » est un pronom relatif qui remplace un complément introduit par « de ». Son emploi est souvent mal cerné, ce qui conduit soit à l’éviter par excès de prudence, soit à l’employer là où il ne convient pas.
La règle : on emploie « dont » lorsque le complément de l’antécédent est introduit par la préposition « de » et lorsqu’il n’y a pas d’autre préposition dans le groupe nominal régissant ce complément.
Incorrect
Le projet dont je suis en charge de la coordination…
Correct
Le projet dont je coordonne les étapes… / Le projet de la coordination duquel je suis chargé…
L’erreur classique consiste à utiliser « dont » tout en conservant la préposition « de » dans la relative, ce qui crée un pléonasme. Si le verbe de la relative appelle déjà « de », il faut reformuler. (Grammaire du français classique et moderne, Wagner et Pinchon, Hachette)
Négliger les règles d’accord de l’adjectif qualificatif
L’accord de l’adjectif qualificatif avec le nom qu’il accompagne semble aller de soi, mais plusieurs situations particulières génèrent des fautes systématiques.
Première source d’erreur : les adjectifs de couleur. Un adjectif de couleur simple s’accorde : des robes bleues. Mais un adjectif de couleur composé (formé de deux termes) est invariable : des robes bleu foncé, des yeux vert clair. De même, un nom employé comme adjectif de couleur est invariable : des chaussures marron, des yeux noisette.
Deuxième source d’erreur : l’adjectif placé après plusieurs noms de genres différents. Dans ce cas, le masculin pluriel l’emporte : un homme et une femme déterminés.
Troisième source d’erreur : les adjectifs « demi » et « nu ». Placés avant le nom et liés à lui par un trait d’union, ils sont invariables : une demi-heure, nu-pieds. Placés après le nom, ils s’accordent : une heure et demie, les pieds nus.
Correct
Des rideaux rose poudré. / Une heure et demie. / Les mains nues.
Ces cas particuliers, souvent ignorés dans l’enseignement secondaire, sont pourtant très présents dans les textes professionnels et les documents transcrits. Les maîtriser permet de gagner notablement en rigueur rédactionnelle.
Bien écrire, une compétence qui s’entretient
Ces dix erreurs ne représentent qu’une partie de la richesse — et de la complexité — de la langue française. Mais elles ont en commun d’être fréquentes, évitables, et souvent le reflet d’automatismes mal installés plutôt que d’une ignorance profonde. Comprendre pourquoi une règle existe est toujours plus efficace que de la mémoriser sans contexte : la langue devient alors un outil vivant, cohérent, que l’on manie avec assurance.
Pour un transcripteur, la maîtrise de ces subtilités est particulièrement précieuse. La transcription audio ne consiste pas seulement à coucher sur le papier ce que l’on entend : elle exige de choisir la bonne graphie, d’opter pour la ponctuation juste, de distinguer l’homophone correct. Chaque ligne transcrite est une occasion de perfectionner sa plume, mais aussi de rendre service à celui qui lira le texte final.
La vigilance linguistique ne s’oppose pas à la fluidité de l’écriture : bien au contraire, elle la renforce. Quand les règles sont intégrées, elles deviennent invisibles, et l’attention peut se consacrer entièrement à la précision du sens et à l’élégance du propos. C’est à ce prix que la transcription cesse d’être un simple exercice de frappe pour devenir un véritable travail de rédaction professionnelle.





